Uganda · 16 avril 2020 · 3 min
AKDN / Christopher Wilton-Steer
Tous les jours, Deborah Gitta est accueillie par des enfants rieurs qui s’accrochent à ses jambes lorsqu’elle arrive sur son lieu de travail. Ce monde, elle en a toujours rêvé ; des enfants en bonne santé, heureux et désireux d’apprendre. Deborah est la fondatrice et directrice de la Crèche Divine, située à Kajjansi, une ville de la périphérie de Kampala.
Dès son enfance à Gayaza, Deborah se voyait déjà devenir puéricultrice : « Quand j’étais jeune, nous habitions sur le terrain de notre bananeraie. Je voyais les bananiers comme des patients. Je récupérais des arêtes de poisson pour vacciner les plants, que je considérais comme des enfants. Tous les plants étaient troués. Quand les feuilles commençaient à se développer, il y avait tellement de trous que ma mère se demandait ce qui pouvait bien dégrader sa plantation. Je lui répondais que c’était normal et que je vaccinais les mères et leurs enfants malades. »
Quelques décennies plus tard, armée d’un diplôme en soins infirmiers obtenu à Mulago, Deborah rejoint l’organisation Mildmay International en qualité d’infirmière. Après 13 ans d’activité, elle décida de reprendre ses études. « Je voulais diriger, mais le diplôme préparatoire n’est pas très formateur en matière de leadership. J’avais des amis qui étaient allés à l’Université Aga Khan (AKU) et me disaient que l’institution les avaient aidés à devenir de meilleurs leaders, à acquérir davantage de compétences et même à devenir entrepreneurs pour certains. »
Deborah s’inscrivit donc à l’AKU et fut acceptée dans le programme de licence en sciences infirmières. « En premier lieu, j’ai appris comment évaluer les patients d’une manière plus organisée. C'est une méthode qui nécessite de travailler en équipe, comme pour les soins infirmiers. J’étais très impressionnée par ce que je voyais. J’ai appris à évaluer l’état de santé général d’un patient de manière systématique. J’ai également beaucoup apprécié les cours théoriques en soins infirmiers. »
En janvier 2009, Deborah obtint son diplôme et sortit majore de sa promotion après deux années et demie formatrices à l’AKU lors desquelles elle renforça ses compétences en leadership, en communication et en service communautaire. « Quand j’ai reçu mon diplôme, je savais ce que je voulais. J’ai toujours voulu travailler avec les enfants, alors quand j’ai vu paraître une offre en puériculture au sein de Mildmay International, je me suis portée candidate. Je pense que j’ai obtenu le poste grâce à mon diplôme. J’ai donc été transférée du service des soins infirmiers au service de puériculture afin de travailler auprès d’enfants atteints du VIH. »
À cette époque, les personnes atteintes du VIH étaient encore fortement stigmatisées, mais Deborah fit face à l’adversité et donna aux enfants dont elle s’occupait l’espoir d'une nouvelle vie. Elle créa même une chorale d’enfants qui se produisait à l’étranger lors de conférences. Elle forma également un groupe de discussion d’enfants atteints du VIH, dont les membres allaient parler de leur maladie dans les écoles. Ils abordaient notamment la façon dont la stigmatisation dont ils étaient victimes affectait leurs vies.
En 2013, Deborah prit une mesure radicale et démissionna. Elle souhaitait en effet mettre ses compétences et sa passion directement au profit de la communauté de Kajjansi, au sein de laquelle elle avait grandi pendant tant d’années. Elle dépensa ainsi toutes ses économies afin de créer la Crèche Divine, un centre de puériculture qui offre des services d’apprentissage de qualité à tous les enfants, quels que soient leur état de santé ou les revenus de leur famille. À Divine, tous les enfants sont les bienvenus. À ses débuts, Déborah consulta la communauté afin d’identifier les enfants qu’elle pourrait accueillir, notamment ceux ayant des besoins particuliers. Elle ouvrit ses portes à des enfants qui avaient été refusés des écoles en raison de leur albinisme ou de leur handicap moteur. « Il y a quatre ans, on m’a amené un enfant qui a failli mourir en raison d’un état de malnutrition sévère. Sa mère était atteinte d’une maladie mentale et ne pouvait pas s’en occuper. Je l’ai donc soigné, puis je l’ai adopté. Aujourd’hui, je suis sa mère. »
Deborah souhaiterait désormais transformer Divine en un hôpital pédiatrique doté d’un centre de recherche adjoint et accueillant autant d’enfants et de personnels que possible.
Divine Day Care and Nursery, Kajjansi, Kampala, Uganda.
AKDN / Christopher Wilton-Steer
Cette histoire est à l’origine parue dans un recueil d’essais photographiques publié par l’Université Aga Khan, Nurses and Midwives - Leaders in Healthcare in East Africa (Infirmières et sages-femmes, en première ligne des soins de santé en Afrique de l’Est).