Uganda · 5 mai 2019 · 3 min
AKDN / AKU
C’est lors d'un stage clinique effectué dans le cadre de ses études en maïeutique au cours duquel elle s'occupait de jeunes mères qu’Agnes Kirikumwino a assisté à une scène inhabituelle : Grace*, une patiente du service, venait de fondre en larmes devant elle, mais de chagrin et non de joie.
Interpelée, Agnes lui demanda ce qui n’allait pas. Grace se confia à elle et lui révéla qu’elle avait déjà été enceinte cinq fois, mais qu’elle avait perdu tous les bébés, sans en comprendre la raison. Personne n’avait jusque-là été capable de lui expliquer pourquoi elle ne parvenait pas à mener ses grossesses à terme.
Tout en l’écoutant, Agnes tentait de trouver qu’elles pouvaient en être les raisons. Elle se souvint alors d'un cours sur les quatre groupes sanguins communs et le facteur rhésus (Rh). La plupart des personnes sont de rhésus positif et, normalement, être de rhésus négatif n’implique aucun risque. Toutefois, lors de la grossesse, les femmes de rhésus négatif portant un bébé de rhésus positif peuvent avoir des problèmes. Si le sang de la mère et celui du bébé se mélangent, le corps de la mère commence à produire des anticorps qui peuvent endommager les globules rouges du bébé. Cela peut provoquer une anémie et d’autres problèmes chez le bébé. Mais Grace était-elle de rhésus négatif ?
Sur les conseils d’Agnes, Grace passa un test pour déterminer son facteur Rh, qui a confirmé qu’elle était bien rhésus négatif. Agnes la conseilla ensuite sur la prise de suppléments d’acide folique avant la conception et sur l'importance de bons soins prénatals.
Leur amitié s’est développée au fil du temps. Elles restèrent en contact tout au long de la grossesse de Grace, qui bénéficiait cette fois d'injections Anti-D et des traitements nécessaires. Consciente que l’accouchement pourrait être compliqué, Agnes redirigea Grace vers un obstétricien, qui conseilla à cette dernière d’effectuer une césarienne à la 38e semaine.
Agnes était aux côtés de Grace lors de l’opération et fut l'une des premières personnes à la féliciter lorsqu’elle mit finalement au monde un petit garçon en bonne santé, Miracle Gift.
« Après l’accouchement, Grace n’y croyait pas », se rappelle Agnes. « Elle tremblait. Dès qu’elle touchait son bébé, elle faisait très attention pour ne pas lui faire mal, à tel point qu’elle n’en dormait plus. Nous avons dû la conseiller et la guider sur la façon de s'occuper de son bébé pour enfin la calmer. »
« En tant que sages-femmes, nous devons faire tout ce qui est en notre possible pour aider les mères à penser à des solutions positives et les suivre après l’accouchement. »
Ce sont de tels moments qui rendent le métier de sage-femme si important aux yeux d’Agnes, selon qui la profession apporte un « double bonheur » en enrichissant la vie de la mère et de sa famille.
Agnes a obtenu un diplôme de licence en maïeutique en 2018 à l’École d'infirmières et de sages-femmes de l’Université Aga Khan (AKU-SONAM) en Afrique de l’Est. Elle travaille en tant qu’infirmière et sage-femme depuis plus de 16 ans et est actuellement praticienne à l’hôpital Kawempe de Mulago, l’un des plus grands hôpitaux publics d’Ouganda.
Ce diplôme en maïeutique a transformé la carrière d’Agnes.
« Grâce à ma formation, j’ai appris comment gérer une unité néonatale. Aujourd'hui, on vient toujours me consulter avant d’élaborer des plans de soin. En outre, le diplôme m’a donné la confiance nécessaire pour transmettre mes connaissances à d’autres étudiants en médecine. Je dis toujours à mes collègues plus jeunes que la maïeutique est un domaine professionnel qui nécessite des compétences, des connaissances et un cœur bienveillant pour soigner les autres. »
Agnes souhaite désormais obtenir un master en sciences infirmières avec spécialisation en santé maternelle et soins néonatals. « Je veux me spécialiser dans les soins aux nouveau-nés, car les bébés sont innocents et ne peuvent pas exprimer leurs besoins. Ils ont besoin de quelqu'un qui s’occupe d’eux, et des professionnels bien formés ont un rôle vital à jouer pour assurer la survie et l’épanouissement de chaque nouveau-né. »
*Le nom de la patiente a été modifié pour protéger son identité.
Cet article est à l’origine paru sur le site internet de l’Université Aga Khan (AKU).