India · 6 juillet 2020 · 4 min
AKF India
Moharram Ali est agent sanitaire dans un village du district de Shravasti. Il a découvert l’existence de la COVID-19 à la télévision et dans les journaux en janvier 2020. « Au départ, je pensais qu’il s’agissait d’une maladie étrangère qui n’arriverait pas chez nous, mais le virus a commencé à atteindre certains de nos concitoyens... Même lorsque le nombre de cas a commencé à augmenter en Inde, nous pensions qu’ils resteraient concentrés dans les grandes villes. »
Mais une lettre du bureau du district demandant au service d’assainissement et à ses employés de mener des sessions de sensibilisation dans le district et d’encourager la population à prendre des mesures préventives lui fit comprendre que le coronavirus se rapprochait de chez lui. « C’était la première fois que j’avais l’impression que le danger était tout près et que nos villes et villages étaient menacés », explique-t-il.
Lorsque les travailleurs migrants commencèrent à revenir dans les villages, Moharram fut envoyé dans l’un des centres d’accueil qui leur étaient réservés. Sa première mission consistait à assurer la propreté globale du centre.
Afin de minimiser les risques de contamination, le gouvernement imposa que les travailleurs soient mis en quatorzaine avant de pouvoir entrer dans le village. C’est à ce moment que Moharram commença à avoir très peur. Il savait qu’il allait être en première ligne et qu’il allait devoir interagir et être en contact étroit avec des personnes potentiellement porteuses de la maladie.
« J’ai trois enfants en bas âge à la maison et, compte tenu de la nature du virus, j’avais peur du risque de contamination », explique-t-il. « Je savais que je prenais des risques, je devais donc avant tout assurer la sécurité de mes enfants. »
Après avoir évalué la situation, il décida qu’il vivrait en dehors de son domicile durant toute la période où il devrait travailler dans le centre de quarantaine. Les premiers jours loin de chez lui furent très difficiles. « Mes habitudes commencent à évoluer petit à petit, et je sais que c’est la meilleure solution pour ma famille », déclare-t-il aujourd’hui.
Pour Moharram, « la meilleure solution » consiste à vivre dans un abri temporaire situé en dehors de son village - et à s’adapter à la nouvelle routine que cela implique. La plupart du temps, il se rend au centre de quarantaine et revient à son abri à la fin de la journée. Moharram n’est pas revenu chez lui depuis le mois de mars, et ses enfants lui manquent terriblement. « Parfois, je retourne dans mon quartier pour voir mes enfants de loin, mais je ne les autorise pas à m’approcher. »
Il est reconnaissant envers le coordinateur de district (Swachh Bharat Mission – « Mission pour une Inde propre » lancée par le gouvernement) et Vivek Awasthi de la Fondation Aga Khan (AKF), qui coopèrent avec lui, le soutiennent et l’accompagnent. « Ils m’ont formé aux pratiques préventives de base et m’ont appris toutes les étapes du lavage des mains au savon, l’importance de la distanciation physique ou encore comment gérer les déchets », explique-t-il. « Nos responsables nous ont fourni des équipements de protection individuelle (EPI) de base, comme du gel hydroalcoolique ou encore des masques, afin de garantir notre sécurité. »
Au fur et à mesure que Moharram s’adapte à cette nouvelle situation, les membres de sa famille, en particulier ses enfants, deviennent plus compréhensifs. Alors qu’il était inquiet lorsqu’il commença à travailler dans le centre de quarantaine, il voit désormais ce travail comme une occasion de réaliser une bonne action pour les villageois et sa communauté, notamment de sensibiliser la population à l’importance d’adopter des pratiques hygiéniques. Il est aujourd’hui fier du travail qu’il accomplit en faveur de la société.
Il est également reconnaissant envers l’UNICEF, qui a organisé une formation portant sur la COVID-19 et réservée au personnel du district de Shravasti via un webinaire diffusé sur YouTube (n’ayant pas d’adresse électronique, il a assisté à cette formation en présentiel). Lors de cette formation, l’équipe de l’UNICEF lui a appris tous les aspects préventifs de la pandémie, les choses à faire et à ne pas faire, comment bien se laver les mains et préparer du désinfectant et comment certains messages permettent de sensibiliser la population. « La formation de l’UNICEF m’a vraiment aidé, et j’applique tout ce que j’ai appris dans mon quotidien », explique Moharram. « Je sais qu’en tant que membre du groupe de ressources du district, j’ai l’importante responsabilité d’assurer la sécurité de la population. Je m’engage et continuerai de m’engager pleinement dans mon travail. »
Pour Moharram, cet engagement va de soi. Tous les travailleurs migrants qui ont été placés dans le centre de quarantaine qu’il supervise connaissent par cœur les six étapes du lavage des mains. Il continue toutefois de faire des démonstrations fréquentes et leur demande de se laver régulièrement les mains.
Aujourd’hui, il souhaite faire passer un message à toutes les personnes qui luttent contre la COVID-19. « Il faut que nous nous battions. Avec de la patience, nous gagnerons cette bataille. Nous pouvons gagner la guerre contre la COVID-19 en adoptant des pratiques plus hygiéniques et en appliquant le principe de distanciation physique. En tant qu’employé et que citoyen responsable, je me bats pour notre pays, nos districts, nos familles, et je le ferai jusqu’au bout. »
Il espère que toute cette situation reviendra bientôt à la normale et, surtout, pouvoir bientôt rentrer chez lui.