Toute crise recèle des opportunités. Cela pourrait être le côté positif de « l'austérité de l'aide »
Au milieu du chaos provoqué par une contraction historique des dépenses internationales consacrées au développement, une tendance positive semble se dessiner
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AKDN / Harry Johnstone
Par Harry Johnstone
Les réductions drastiques des budgets alloués au développement international poussent les donateurs à financer directement les organisations locales de la société civile. Dans un article publié dans The Telegraph, le journaliste et spécialiste de l'aide humanitaire Harry Johnstone examine comment les donateurs peuvent concrétiser cette approche. Ses suggestions vont des subventions à long terme pour la mobilisation communautaire et la gouvernance aux garanties de prêts, en passant par les financements de contrepartie et le capital catalytique. Parmi les exemples figure AgroVida, un programme de la Fondation Aga Khan (AKF) qui aide les organisations de développement villageois du nord du Mozambique à épargner et à accéder au crédit. L'AKF est une agence du Réseau Aga Khan de développement (AKDN).
Si le discours sur le monde « post-aide » est peut-être exagéré, il ne fait aucun doute que nous assistons actuellement à une réduction historique des dépenses internationales liées au développement.
Alors que l'impact réel de ces coupes budgétaires commence à se faire sentir, les débats sur l'avenir de l'aide, ses priorités et son utilité se poursuivent.
Cependant, une tendance positive semble se dessiner : un virage vers la localisation, attendu depuis longtemps.
Pour les bailleurs de fonds désormais prêts à joindre le geste à la parole, la question est de savoir comment financer les organisations de la société civile (OSC) locales.
« C'est un véritable casse-tête », déclare Olav Kjørven, ancien vice-ministre norvégien du Développement international.
« Dans le domaine humanitaire », explique-t-il, « depuis au moins 15 ans, tout le monde s'accorde en principe à dire que nous devrions passer d'un modèle reposant sur des organisations externes fonctionnant selon une approche descendante à un modèle consistant à fournir des ressources plus directement aux ONG locales. Mais très peu de choses ont réellement changé. »
M. Kjørven estime que cela s'explique par le fait que les grandes organisations internationales ont continué à rechercher des financements pour elles-mêmes, devançant généralement les OSC locales en matière de demandes de subventions et de relations avec les bailleurs de fonds. Par ailleurs, les bailleurs de fonds craignent que les fonds alloués à de petites organisations locales ne tombent entre de mauvaises mains. Le niveau de confiance reste faible.
Au sens large, les OSC sont des institutions indépendantes qui opèrent aux côtés des pouvoirs publics et du secteur privé. Ancrées dans l'action civique bénévole, elles œuvrent à l'amélioration de la vie communautaire, à la défence de la dignité humaine et à la promotion du bien commun dans un large éventail de secteurs.
Il existe de nombreux exemples d'OSC qui obtiennent des résultats exceptionnels dans des domaines tels que l'agriculture, l'éducation et les soins de santé.
Le programme Ultra-Poor Graduation du BRAC au Bangladesh, par exemple, a permis à 14 millions de personnes de sortir de l'extrême pauvreté.
Pourtant, malgré ces résultats, de nombreux bailleurs de fonds peinent à changer de cap.
Pour y parvenir, il faut un changement de mentalité, affirme David Matern, représentant résident du PNUD au Cap-Vert.
Mr. Matern estime que ce changement se produira lorsque les bailleurs de fonds comprendront véritablement que les OSC locales sont des moteurs du développement, en particulier dans les zones rurales isolées.
Mais cela va au-delà des indicateurs de développement. Donner plus d'autonomie à ces organisations peut également renforcer le tissu social. Leur simple existence stimule l'autonomie et la responsabilisation au sein des communautés. Ces structures et ces habitudes sont de bon augure pour la stabilité future ainsi que pour le développement économique et politique.
À une époque où les gouvernements des pays riches s'interrogent sur la manière dont l'aide sert leurs intérêts nationaux, il convient de rappeler que certaines des préoccupations majeures des pays du Nord, telles que le terrorisme, les guerres et l'immigration, peuvent être atténuées par un développement local et une gouvernance efficaces, maintenus sur plusieurs décennies.
Et malgré « l'austérité de l'aide », les OSC locales pourraient potentiellement attirer davantage de financements qu'auparavant. Après avoir réduit leurs dépenses en faveur d'organisations aux structures trop lourdes telles que l'ONU et les plus grandes ONG internationales, les bailleurs de fonds pourraient disposer de davantage de ressources à allouer à des organisations de terrain plus abordables.
De plus, comme le montre la section suivante, des bailleurs de fonds tels que la Fondation La Caixa peuvent « réduire les risques » liés aux OSC grâce à leur financement initial, rendant ainsi ces petites organisations éligibles à des fonds supplémentaires provenant du secteur privé.
Alors, comment les responsables de l'aide au développement dans les capitales devraient-ils financer ces entités locales ?
Le principe le plus important est peut-être d'adopter une approche à long terme axée sur le renforcement des capacités et des structures des organisations locales.
Les subventions accordées à ces OSC devraient soutenir quelques éléments clés : la mobilisation communautaire, un modèle de croissance financière, ainsi que la gouvernance organisationnelle, la responsabilisation et le suivi. Le financement devrait également encourager les OSC à s'impliquer auprès des gouvernements et des administrations dans les processus d'élaboration des politiques, de planification et de développement de leur région.
Une autre approche pour soutenir la société civile locale consiste à réduire les risques financiers qui empêchent souvent ces OSC d'accéder aux fonds.
Des outils tels que les garanties de prêt, les prêts à faible taux d'intérêt ou les accords visant à absorber les pertes potentielles peuvent inciter les banques et autres institutions financières à accorder des prêts à des groupes communautaires qu'elles pourraient autrement considérer comme trop risqués.
En Éthiopie, un programme s'engageant à couvrir 70 % des pertes potentielles a permis de débloquer des financements pour de petites coopératives agricoles, les agricultrices et les jeunes agriculteurs, des groupes traditionnellement exclus de l'accès au crédit.
Dans le nord du Mozambique également, les agriculteurs et les économies locales ont bénéficié de financements à faible risque.
Le programme AgroVida de la Fondation Aga Khan (AKF) permet aux organisations de développement villageois d'accéder au crédit et de constituer une épargne, ce qui est vital pour le développement rural.
Une autre approche consiste pour les bailleurs de fonds à investir dans les OSC dans le cadre d'économies locales plus vastes. En Tanzanie, des coopératives et de petites entreprises sont devenues des « acteurs susceptibles de bénéficier d' investissements » grâce à l'aide de l'ONU, qui leur a permis d'accéder à la fois au crédit et aux marchés au sein du secteur des algues.
Une dernière piste consiste pour les bailleurs de fonds à financer des OSC qui mobilisent des fonds localement ou via les réseaux de la diaspora.
Au Honduras, 146 municipalités se sont mobilisées dans le cadre du programme Champions for Education. Elles ont augmenté leurs contributions à l'éducation de 43 à 68 %. Le Fonds conjoint des Nations Unies pour les ODD a fourni un financement de démarrage de seulement 250 000 dollars. Au final, le programme a permis à 96 000 enfants à retourner à l'école.
Dans le même ordre d'idées, les institutions de financement peuvent fournir des « financements de contrepartie » aux OSC qui mobilisent des soutiens au niveau local. La Fondation Wilde Ganzen illustre bien ce modèle. Elle apporte généralement une contrepartie pouvant aller jusqu'à 50 % des fonds qu'une OSC parvient à lever localement.
Pour conclure et réitérer ce point, les bailleurs de fonds devraient investir dans des organisations dont le modèle intègre une analyse de rentabilisation de base pour l'allocation de ressources nationales, le financement mixte ou le co-investissement. C'est ainsi que l'initiative sur l'hydrogène vert de l'Uruguay a utilisé 1 million de dollars de capital catalytique pour débloquer 20 millions de dollars auprès de la Société financière internationale, dynamisant ainsi tout un secteur pour les décennies à venir.
Toute crise recèle des opportunités. Dans le contexte actuel de morosité lié aux réductions de l'aide, cette évolution pourrait constituer une véritable lueur d'espoir. Il est temps pour les bailleurs de fonds de passer à l'action.
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Harry Johnstone est un journaliste indépendant dont les articles ont été publiés dans le Financial Times, The Guardian et The Telegraph. Il traite de sujets allant du changement climatique à la sécurité alimentaire, en passant par patrimoine culturel.