Dans un monde qui se fragmente, les anciens partenariats offrent de nouvelles promesses
Royaume-Uni · 3 février 2026 · 5 min
AKDN / Soimadou Ibrahim
Dans un contexte de fragmentation géopolitique et de défis croissants en matière de sécurité, la coopération mondiale et le développement international sont remis en question et mis à rude épreuve. Aujourd'hui, plus que jamais, il est vital de renouveler les liens d'amitié et les alliances.
S'inscrivant dans le cadre de plus de deux siècles de collaboration remontant au XIXe siècle entre l'Imamat ismaïli et la Grande-Bretagne, aujourd'hui le partenariat entre le Royaume-Uni et le Réseau Aga Khan de développement (AKDN) reflète une approche de la coopération et du développement façonnée par la continuité et l'engagement.
Dépassant le cadre des liens historiques pour devenir une collaboration structurée englobant le développement rural, la croissance des entreprises, la résilience climatique et les infrastructures transfrontalières, cette relation durable témoigne d'un engagement en faveur d'une coopération à long terme, à un moment où de telles approches sont de plus en plus mises à mal.
L'un des premiers partenariats les plus significatifs entre l'AKDN et le Royaume-Uni a été le soutien au Programme Aga Khan de soutien rural (AKRSP) au Pakistan dans les années 1980. Développé avec l'aide du Royaume-Uni et d'autres partenaires, l'AKRSP s'est démarqué des modèles de développement conventionnels en plaçant les institutions communautaires au coeur de la transformation rurale.
Revenant sur ce partenariat, Shoaib Sultan Khan, premier directeur général de l'AKRSP et pionnier du développement rural, écrivit plus tard que Sir Nicholas Barrington, alors haut-commissaire britannique au Pakistan, « croyait fermement en l'AKRSP ».
Opérant initialement dans les régions isolées du nord du pays, l'approche de l'AKRSP s'est concentrée sur les communautés locales, les aidant à identifier leurs propres priorités, à gérer leurs ressources et à bâtir des institutions capables d'assurer un développement durable.
« Bien avant que la 'localisation' ne devienne un terme à la mode, l'AKDN et le Royaume-Uni ont contribué à ouvrir la voie à un nouveau paradigme », déclare l'actuel directeur général de l'AKRSP, Jamil Uddin. « Cela a notamment été rendu possible grâce à un investissement important dans le renforcement des capacités du personnel local, en leur offrant des opportunités spécifiques de suivre des études universitaires au Royaume-Uni. »
Au cours de plus de deux décennies de soutien conjoint à l'AKRSP, le Royaume-Uni et l'AKDN ont formé des centaines de groupes villageois et contribué à la construction de plus de 2 000 routes, ponts et centrales hydroélectriques – dont beaucoup sont encore en activité aujourd'hui, et qui ont profité à plus de 380 000 foyers de la région.
Parmi les autres chiffres significatifs, on peut citer la plantation de 50 millions d'arbres et l'aménagement de 130 000 hectares de nouvelles terres en faveur de la durabilité environnementale et de la sécurité alimentaire. Les groupes d'épargne communautaires ont réuni plus de 1,3 million de livres sterling (1,8 million de dollars) et accordé 5,2 millions de livres sterling (7,2 millions de dollars) de prêts, aidant ainsi les familles à créer des entreprises et à diversifier leurs moyens de subsistance.
Cette approche pilotée par la communauté allait par la suite inspirer les stratégies de développement rural en Asie du Sud et en Asie centrale, et influencer la réflexion des partenaires de développement bilatéraux et multilatéraux à travers le monde. En 2001, une évaluation de la Banque mondiale a qualifié l'AKRSP de « modèle pour les programmes ruraux dans tout le pays et à travers le monde ».
À mesure que le champ de la coopération s'élargissait, le partenariat entre l'AKDN et le Royaume-Uni est passé d'une collaboration axée sur des projets à une relation plus formalisée. Cette évolution s'est traduite par la signature d'un accord de coopération en 1988 avec l'Overseas Development Agency du Royaume-Uni – aujourd'hui le Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO). Cet accord a établi un cadre de collaboration dans d'autres secteurs et régions, et a permis de coordonner les efforts en Asie du Sud et centrale ainsi qu'en Afrique de l'Est.
Au fil des décennies suivantes, ce partenariat s'est adapté aux évolutions de la politique britannique en matière de développement – depuis la création du ministère du Développement international (Department for International Development) à la fin des années 1990 jusqu'à l'intégration plus récente de l'aide et de la diplomatie sous l'égide du FCDO.
Au cours de cette période, la coopération s'est élargie pour englober l'éducation, la santé communautaire, la résilience climatique, l'inclusion financière, le tourisme et le développement économique, les énergies propres et l'autonomisation des femmes. L'accent mis sur des activités et un impact durables et pérennes a constitué le fil conducteur de l'ensemble de ce travail. Au fil des décennies, l'engagement en faveur d'approches ancrées localement et menées par les communautés est resté inchangé.
Aujourd'hui, l'AKDN et le FCDO s'appuient sur cet héritage en soutenant une nouvelle initiative de croissance iverte et inclusive en Asie centrale, hébergée au sein d' Accelerate Prosperity (AP) – un programme phare de l'AKDN opérant à travers l'Asie centrale et du Sud.
En proposant des solutions de financement et une assistance technique sur mesure aux jeunes entreprises et aux entrepreneurs, AP comble les lacunes persistantes en matière d'accès au capital tout en favorisant l'innovation, la création d'emplois et une croissance économique inclusive en République kirghize, au Tadjikistan, au Pakistan et, plus récemment, en Afghanistan.
« Depuis la création d'Accelerate Prosperity en 2016 », note Imran Shams, directeur exécutif d'AP, « 6 000 petites entreprises et start-ups axées sur la croissance ont bénéficié de programmes d'accélération et d'incubation. »
S'appuyant sur les investissements antérieurs de la Fondation Aga Khan, de l'Union européenne, de l'USAID et de la Direction du développement et de la coopération suisse, les récents investissements du Royaume-Uni, déclare M. Shams, vont « fournir une assistance technique de préfinancement et faciliter l'accès à des financements sur mesure pour 3 000 entrepreneurs supplémentaires – en mettant particulièrement l'accent sur la création d'emplois pour les femmes et les jeunes ».
En 2017, British International Investment (BII) et le Fonds Aga Khan pour le développement économique (AKFED) ont lancé une plateforme énergétique conjointe, en engageant environ 160 millions de livres sterling (210 millions de dollars) pour soutenir la transition énergétique de l'Afrique.
L'un des résultats les plus marquants de ce partenariat est le projet hydroélectrique régional Ruzizi III – une initiative transfrontalière et trinationale de 206 MW dans le domaine des énergies renouvelables, partagée et conceptualisée par le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC).
Les infrastructures partagées de ce type sont de plus en plus considérées comme un mécanisme concret favorisant la coopération et de la stabilité transfrontalières. Ruzizi III est cité dans le Cadre d'intégration régionale, élaboré dans le cadre des efforts de médiation soutenus par les États-Unis et le Qatar et approuvé par les présidents de la RDC et du Rwanda le 4 décembre 2025, au titre des Accords de Washington pour la paix et la prospérité.
prévu pour mobiliser entre 530 et 605 millions de livres sterling (700 à 800 millions de dollars) en financement de projet, Ruzizi III associe des capitaux publics à des investissements privés et à un cercle croissant de partenaires techniques et financiers, parmi lesquels des institutions de financement du développement telles que la Banque africaine de développement, la Banque mondiale, l'Union européenne, l'Agence Française de Développement et la banque de développement publique allemande, la KfW.
L'initiative profitera à 30 millions de personnes, dont 70 % vivent sous le seuil de pauvreté. Elle permettra de doubler la capacité énergétique actuelle du Burundi, d'augmenter d'un tiers la capacité installée du Rwanda, et de fournir une électricité de base dont l'est de la RDC a tant besoin – une région qui, sans cela, serait isolée du réseau électrique national.
En élargissant l'accès à une électricité fiable, Ruzizi III devrait soutenir les entreprises, les hôpitaux, les écoles et d'autres infrastructures essentielles – contribuant ainsi à la création d'emplois et à l'amélioration de la prestation de services. Et alors que la demande mondiale en minéraux critiques ne cesse de croître, un meilleur accès à l'énergie favorisera leur exploitation durable.
Dans un monde qui semble souvent plus divisé et incertain, des projets comme Ruzizi III montrent ce qu'il est encore possible d'accomplir lorsque différents partenaires s'unissent autour d'un objectif commun. Les gouvernements, les institutions de développement et les investisseurs responsables peuvent allier leurs forces pour apporter des solutions qu'aucun acteur ne pourrait concrétiser seul.
Ce même esprit a guidé le Programme Aga Khan de soutien rural (AKRSP) et Accelerate Prosperity. Leur réussite reflète un engagement à long terme envers les communautés locales – en aidant les populations à façonner leur propre avenir, à renforcer les institutions locales et à générer des progrès qui perdurent au-delà d'un simple cycle de financement.
Ces collaborations ont un objectif simple au cœur de leur démarche : améliorer les conditions de vie. Elles contribuent à créer des opportunités, à élargir l'accès aux services essentiels et à jeter les bases de sociétés plus résilientes et plus prospères. Parallèlement, elles contrient à des priorités mondiales plus vastes, notamment la stabilité, la croissance économique et la paix.
Alors que la coopération internationale évolue, de tels partenariats offrent des moyens concrets d'obtenir des résultats à travers les frontières et les secteurs. C'est dans ce contexte que prend forme le partenariat entre le Royaume-Uni et le Réseau Aga Khan de développement (AKDN) – soulignant non seulement la profondeur d'une relation de longue date, mais aussi sa pertinence constante pour relever les défis communs d'aujourd'hui.