Faire progresser la prévention et la prise en charge du cancer au Kirghizistan
Faire progresser la prévention et la prise en charge du cancer en République kirghize
République kirghize · 9 mars 2026 · 4 min
Dans la région de Naryn, l'une des zones les plus isolées de la République kirghize, jusqu'à 50 % des femmes chez qui un cancer du sein a été diagnostiqué en 2021-2022 n'ont pas survécu au-delà de la première année, selon une analyse du Centre républicain de la promotion de la santé.
En revanche, l'Initiative mondiale contre le cancer du sein de l'Organisation mondiale de la Santé souligne que le taux de survie à cinq ans dépasse les 90 % dans les pays à revenu élevé, où le dépistage et la prise en charge rapide sont largement accessibles. Dans les milieux à plus faible revenu, le taux de survie est souvent bien inférieur, en raison d'un dépistage tardif et d'un accès limité aux soins.
« Beaucoup de femmes tardent à se faire examiner », explique Aida Sultangazieva, épidémiologiste et cheffe du département de prévention des maladies non transmissibles au Centre républicain de promotion de la santé. « Lorsque l'information est limitée et que les services semblent éloignés, elles repoussent souvent le moment de consulter, même lorsqu'elles sentent que quelque chose ne va pas. »
« Les services de soins de santé primaires constituent généralement leur premier recours », ajoute-t-elle, « mais dans les régions reculées, l'orientation vers un spécialiste peut prendre du temps, ce qui retarde le diagnostic. »
Lancé en 2020 et financé par Affaires mondiales Canada, le programme Fondations pour la santé et l'autonomisation (F4HE), d'une durée de six ans, vise à améliorer la santé et le bien-être des femmes, des jeunes filles, de leurs familles et de leurs communautés en Afghanistan, en Inde, en République kirghize, au Pakistan et au Tadjikistan. En République kirghize, la Fondation Aga Khan (AKF) et les Services de santé Aga Khan (AKHS) se sont associés à des institutions nationales pour soutenir la sensibilisation communautaire, le dépistage, les consultations en télémédecine et le soutien psychologique dans certains districts des régions de Naryn, Jalal-Abad et Osh.
« L'essentiel, c'est d'agir à temps », explique Aida. « Lorsque les femmes consultent plus tôt, nous pouvons leur expliquer la situation et les aider à passer à l'étape suivante. »
En 2024, des séances d'information communautaires organisées dans les districts d'At-Bashy et d'Ak-Tal, dans la région de Naryn, ont aidé les femmes à reconnaître les premiers signes du cancer du sein et à s'orienter vers les soins appropriés.
Les professionnels de soins de santé primaires et les bénévoles des comités de santé villageois ont été formés pour accompagner les femmes tout au long du processus de dépistage, tandis que les administrations des districts ont contribué à l'organisation de journées de dépistage pendant les heures de travail afin que les femmes puissent y participer sans perte de revenus ni le soutien de leur famille.
Les participantes ont reçu des fiches d'examen personnelles, fournissant un compte-rendu clair des résultats et du suivi recommandé. Pour les professionnels de la santé, ces fiches ont facilité le suivi des cas au fil du temps ; pour les femmes, elles ont apporté de la clarté quant aux prochaines étapes.
Des consultations hebdomadaires par télémédecine ont permis de mettre en relation les établissements ruraux de soins de santé primaires avec les oncologues du Centre national d'oncologie de Bichkek. Lors de ces séances, les médecins locaux ont présenté les cas suspects, passé en revue les symptômes et les résultats d'examens, et décidé d'un commun accord si la patiente devait être orientée vers un centre spécialisé ou si elle pouvait poursuivre sa prise en charge et son traitement à proximité de son domicile.
Fin 2024, plus de 6 000 femmes avaient bénéficié d'un dépistage dans les deux districts, ce qui a conduit à des orientations vers des examens diagnostiques approfondis, y compris pour des cas confirmés de cancer du sein.
L'approche testée pour la première fois à Naryn a été étendue aux districts d'Aksy et d'Ala-Buka dans la région de Jalal-Abad, tandis que les actions de sensibilisation se sont poursuivies dans la région d'Och, notamment dans les districts d'Alai, de Chon-Alai et de Kara-Kulja. A mesure que le travail s'est étendu à de nouveaux districts, la couverture du dépistage s'est accrue. Fin 2025, plus de 40 000 femmes avaient été dépistées dans les trois régions, et celles nécessitant des examens complémentaires ont été orientées vers des centres d'oncologie régionaux et nationaux.
Les équipes de santé ont également commencé à aller à la rencontre des hommes, car les femmes avaient souvent besoin de leur soutien pour se rendre au dépistage. Dans de nombreuses familles, ce sont les décisions concernant l'emploi du temps, les déplacements et les tâches ménagères qui déterminent si les es femmes peuvent ou non se faire soignerà accéder aux soins.
Pourtant, la prise de conscience ne suffisait pas toujours à elle seule à surmonter des peurs et des croyances profondément enracinées. Certaines femmes évitaient tout simplement les hôpitaux, tandis que d'autres pensaient que la prière ou les remèdes traditionnels suffiraient à les guérir.
« Pour de nombreuses femmes, le cancer est encore perçu comme une condamnation à mort », explique Elmira Ibraeva, responsable du soutien psychologique au Centre de soutien psychologique Dem. « Il y a l'état de choc, le déni et la peur du traitement. »
« Certaines femmes plus âgées disent : “J'ai vécu ma vie”, et refusent la chimiothérapie », précise-t-elle.
L'hésitation ne signifiait pas toujours un refus. Certaines femmes ont d'abord retardé leur consultation de suivi, revenant des semaines ou des mois plus tard avec des questions, tandis que d'autres revenaient accompagnées de membres de leur famille après avoir discuté de leurs inquiétudes à la maison.
Les femmes confrontées à un diagnostic de cancer suspecté ou confirmé se sont vu proposer un accompagnement psychologique, comprenant des séances individuelles et collectives, leur offrant un espace pour poser des questions, partager leurs inquiétudes et discuter des options thérapeutiques. Les membres de leur famille ont également bénéficié d'un accompagnement psycholopour les aider à comprendre le diagnostic et à apprendre comment soutenir au mieux les femmes tout au long du traitement et de la convalescence.