La crise de l'eau en Afghanistan frappe de plein fouet les hauts plateaux – mais des initiatives communautaires bénéficiant à 75 000 personnes redonnent espoir
Afghanistan · 16 mars 2026 · 4 min
Alors que l'on estime à 21 millions le nombre de personnes à travers l'Afghanistan qui manquent d'un accès suffisant à l'eau pour boire, cuisiner et se laver – et que les infrastructures fragiles sont de plus en plus mises à rude épreuve par la pression démographique et le changement climatique – le pays est confronté à une crise croissante qui menace d'aggraver les besoins humanitaires et d'éroder des moyens de subsistance déjà précaires.
Pour les communautés montagnardes isolées des régions septentrionales du Wakhan dans le Badakhchan, et de certaines régions de Bamyan, où de longues marches vers des sources d'eau contaminées rythment depuis longtemps le quotidien, le défi est particulièrement aigu.
« L'accès à l'eau dans les régions montagneuses et de haute altitude du pays est difficile en raison des hivers rigoureux, de la dispersion des habitations, des pénuries saisonnières et de la faiblesse des infrastructures », explique Karimdad Muradi, responsable des opérations de l'Agence Aga Khan pour l'habitat (AKAH) en Afghanistan.
« Les communautés sont souvent situées sur des pentes abruptes, bien au-dessus des sources ou des rivières », poursuit M. Muradi, ce qui, selon lui, rend les systèmes alimentés par gravité irréalisables et nécessite un pompage mécanique coûteux. « Les sources d'eau sont également très dépendantes des saisons, avec des sources qui coulent en été mais diminuent, voire s'assèchent, en hiver. »
Selon l'UNICEF, les deux tiers de la population du pays sont touchés par la sécheresse, poussant des dizaines de milliers de familles à quitter leur foyer à la recherche d'eau potable. De plus, à la suite des récents séismes en Afghanistan, plus de 200 000 enfants sont désormais exposés au risque d'épidémies mortelles en raison de la destruction généralisée des infrastructures d'eau, d'assainissement et d'hygiène.
Toutefois, au sein des communautés sinistrées, un effort coordonné est en cours pour amener une eau propre et fiable au plus près des habitations, réduire considérablement les maladies d'origine hydrique et améliorer la sécurité des femmes et des enfants.
Grâce à un programme complet d'eau, d'assainissement et d'hygiène (WaSH) – mis en œuvre par la Fondation Aga Khan (AKF) en partenariat avec l'AKAH, et financé par l'Union européenne – les foyers vulnérables bénéficient d'un meilleur accès à l'eau potable et aux installations sanitaires, tout en étant mieux sensibilisés aux pratiques d'hygiène qui réduisent les risques de maladies.
L'initiative vise à bénéficier à plus de 75 000 personnes grâce à la réhabilitation de 82 points d'eau, à la restauration 19 puits et à la modernisation de 63 systèmes d'approvisionnement en eau alimentés par l'énergie solaire et par gravité, afin que les communautés puissent compter sur ces installations tout au long de l'année.
Pour y parvenir, une combinaison de technologies résilientes face au climat et ne nécessitant que peu d'entretien est adaptée aux environnements difficiles. Les systèmes de canalisations alimentés par gravité, explique Muradi, « captent l'eau des sources en haute altitude et l'acheminent vers les villages sans avoir besoin d'électricité », et les canalisations sont enfouies « sous la ligne de gel pour éviter qu'elles ne gèlent ».
La durabilité à long terme est au cœur de cette approche. Des analyses régulières de la qualité de l'eau et des traitements permettent de garantir la sécurité des installations, tandis que des comités WaSH et des promoteurs de la santé communautaire sont mis en place dans chaque village. Ces groupes et ces personnes supervisent les opérations quotidiennes, perçoivent de modestes redevancs pour l'entretien, surveillent les bornes-fontaines et les réservoirs, règlent les différends et mènent des campagnes locales de sensibilisation à l'hygiène.
« L'implication de la communauté est cruciale dans les régions reculées d'Afghanistan », souligne Muradi. « Les réseaux d'approvisionnement en eau ne peuvent perdurer sans une participation locale active. »
Ici, les efforts déployés permettent aux communautés de s'impliquer dans la planification des programmes en identifiant les meilleures sources d'eau, en proposant des emplacements pour les réservoirs et en évaluant les défis saisonniers.
À l'échelle des foyers, la main-d'œuvre non qualifiée est fournie bénévolement, parallèllement aux dons de pierres, de gravier ou de moyens de transport, ce qui permet de réduire les coûts et de favoriser un sentiment d'appropriation. Les femmes – qui dépendent de l'eau potable pour s'occuper de leurs enfants, faire la lessive et nettoyer les latrines – jouent un rôle essentiel dans la réussite de cette l'initiative.
Des séances ciblées de sensibilisation à l'hygiène, associées à la distribution de 6 000 kits d'hygiène, aident les familles à adopter des pratiques qui protègent les enfants et les adultes vulnérables face aux maladies d'origine hydrique. Ce fort sentiment de responsabilité, souligne Muradi, est « l'une des raisons clé pour laquelle les systèmes d'approvisionnement en eau en milieu rural restent fonctionnels dans les environnements difficiles de l'Afghanistan ».
Que se passe-t-il donc lorsque l'eau potable est enfin à portée de main ? Pour de nombreuses communautés isolées d'Afghanistan, un accès facile à une quantité d'eau suffisante entraîne un changement immédiat : moins de maladies, moins de temps consacré à aller chercher de l'eau, davantage de perspectives en matière d'éducation et d'activités de subsistance, et une plus grande dignité au quotidien. Pour Khairuddin, un agriculteur de 60 ans qui subvient aux besoins d'une famille de neuf personnes dans le village de Sar Shekhawr, dans la province du Badakhchan en Afghanistan, cette initiative a changé sa vie.
« Le projet a montré la force et la résilience de notre communauté et nous a redonné notre dignité en nous fournissant de l'eau potable », affirme-t-il. « Et nous nous engageons à entretenir ce système afin qu'il profite à notre village pour les générations futures. »
En associant l'amélioration des infrastructures à une gestion pilotée par les communautés et à une sensibilisation à l'hygiène, ce programme jette les bases d'un Afghanistan plus sain et plus résilient – démontrant ainsi que, surtout dans les régions les plus reculées, l'accès à l'eau potable est synonyme d'un avenir réinventé.
