Cycle 2004 Déclaration du Grand jury
par les membres du Grand Jury de 2004, · 4 min
Le Jury s’est réuni pour la première fois en janvier 2004 et débuta l’examen des 378 projets nominés pour le Neuvième Cycle du Prix Aga Khan d’architecture. Après des discussions animées et concentrées, le Jury a sélectionné une liste de vingt-trois projets qui ont fait l’objet d’une expertise technique sur le terrain. Lors de la deuxième réunion, en juin 2004, les experts présentèrent au Jury leurs rapports détaillés. Après délibération, le Jury a sélectionné sept projets lauréats pour le Prix Aga Khan d’architecture 2004.
Dès le début, le Jury s’est accordé pour adopter une approche globale qui pourrait favoriser la découverte, la compréhension et l’explication des défis de l’architecture dans le monde musulman quand elle aborde la modernité dans sa diversité. Quatre zones de signification sociale furent mises en évidence et le Jury choisit de les formuler par une série de questionnement.
La première question soulève la problématique de l’expression en architecture de la complexité de l’histoire et de la mémoire historique. Parce que la restauration a un rapport avec l’histoire en terme d’architecture, elle cherche, avec pragmatisme, à ne pas figer simplement le passé tel qu’il pouvait exister à un moment donné. Au lieu de cela, la restauration répond de façon croissante aux besoins des individus et des communautés actuels qui utilisent les bâtiments historiques selon de nouvelles modalités. Concilier la signification historique et les besoins modernes permet à un bâtiment de conserver une fonction sociale plutôt que devenir un objet touristique.
Deuxièmement, le Jury a considéré la question de l’intégration des initiatives privées au sein de la sphère publique émergeante. Au regard de la situation de plusieurs pays musulmans, le Jury a estimé qu’un des enjeux importants auxquels ces pays doivent se confronter est le développement du pluralisme dans l’espace publique. Actuellement, il apparaît plus nettement qu’un nombre croissant d’initiatives privées dans l’espace public renforce la société et répond à ses besoins, que ce soit en matière d’éducation, de santé ou encore d’exigences sociales. L’architecture joue un rôle prépondérant en mettant en exergue ces efforts. Le Jury a particulièrement apprécié l’équilibre pouvant exister dans la relation du contenu social d’une initiative et sa représentation architecturale.
Les projets lauréats ont également soulevé la question de l’expression de l’individualité dans les contextes sociaux complexes. Dans la modernité, l’architecture exprime l’individualité, autorisant l’interprétation poétique du moi. Le Jury a souligné la reconnaissance et la prise de conscience grandissante de l’individualité dans le monde musulman. D’une part, ce concept d’individualité va à l’encontre de l’idée que les sociétés musulmanes privilégient les identités collectives, et d’autre part, elle révèle la pluralité des traditions musulmanes.
La quatrième question qui s’est posé au Jury concerne les enjeux de l’architecture lorsqu’elle elle aborde la problématique du pouvoir et de l’autorité dans les domaines de la technologie, de la culture et de l’économie. Le Jury a prêté une attention particulière aux responsabilités de l’architecture dans le monde musulman et aux projets qui démontrent une compréhension des échanges globaux de connaissances technologiques, culturelles et économiques dans des contextes locaux. L’interprétation des identités globales par l’architecture (réalisée grâce à la technologie utilisée dans les bâtiments ou à leur fonction potentielle) a été considérée par le Jury comme étant d’une importance essentielle pour de multiples régions du monde musulman.
Le Jury a également analysé l’application de ces quatre critères dans le domaine architectural. Il est évident que la construction et la conception d’un projet devraient toujours répondre favorablement à un problème donné. Cependant, une réponse appropriée ne signifie pas seulement la formulation d’un problème et la réutilisation des solutions architecturales traditionnelles. Il s’agit d’adopter une perspective critique par rapport à ce problème et de l’aborder grâce à des techniques architecturales. Le Jury a reconnu cette idée en accordant de l’importance aux projets qui élèvent les standards d’excellence.
Finalement, le Jury s’est focalisé sur l’impact social, culturel et environnemental des projets, analysant l’équilibre entre l’intention et la réalisation, la signification et les matériaux, la fonctionnalité et l’utilisation. L’intégration des projets dans l’environnement et leur rôle critique par rapport à la tradition ont été des facteurs d’évaluation supplémentaires.
L’architecture des sociétés musulmanes comporte tous les traits de la modernité en architecture. Cependant, elle cherche souvent à intégrer des significations islamiques spécifiques ; c’est seulement dans ces cas délibérés que l’architecture peut être qualifiée d’ « islamique ». A l’inverse, quand les traditions islamiques sont instinctivement prises en compte, il s’agit simplement une architecture dans un contexte culturel musulman. Il y a donc une différence entre l’architecture dans les sociétés musulmanes et ce qui est défini par le discours comme étant de l’ « architecture islamique ». A beaucoup de points de vue, la pluralité dans l’architecture des sociétés musulmanes apparaît comme une évidence ; qu’il s’agisse des divers discours sur l’architecture ; de l’architecture qui propose des restaurations dans l’intention de rétablir le pluralisme générique de la culture musulmane ; de la multiplicité des formes produites par différents environnements sociaux, culturels et économiques. Le Jury a été très attentif à la complexité de la pluralité du monde musulman et critique par rapport aux projets qui ont tenté d’établir une normalité culturelle pouvant menacer cette pluralité.
Pour le Jury, les sept projets sélectionnées pour le Prix Aga Khan d’Architecture 2004 répondent à ces critères.