par Prince Aly Muhammad Aga Khan , Bichkek, République kirghize · 18 juin 2026 · 7 min
AKDN / Iskender Ermekov
Bismillah-ir-Rahman-ir-Rahim.
Vos Excellences, chers invités, chers collègues, chers amis,
C'est un immense plaisir d'être parmi vous à Bichkek, et un honneur de participer à l'ouverture de cette Conférence internationale sur les montagnes, le climat et la santé en Asie centrale.
Permettez-moi tout d'abord de remercier le gouvernement de la République kirghize pour son engagement constant en faveur des questions relatives à la montagne, ainsi que l'Université d'Asie centrale de nous avoir réunis ici aujourd'hui.
Je tiens également à remercier tous ceux et celles qui ont fait le déplacement pour apporter leur expertise, partager leur point de vue et leur engagement en faveur de cet enjeu majeur.
Je participe à cette conférence, je l'avoue, non pas en tant que spécialiste, mais avec un immense respect : un profond respect pour les paysages dont nous parlons, pour les communautés qui les connaissent le mieux et pour les personnes présentes dans cette salle qui ont consacré leur vie à les comprendre et à les accompagner.
C'est un lieu tout à fait approprié pour une telle rencontre. Au Kirghizistan et dans toute l'Asie centrale, les montagnes ne sont pas simplement un élément du paysage. Elles sont le paysage.
Les montagnes font partie intégrante de la vie quotidienne, apportant leur lot de défis mais aussi des opportunités.
Elles façonnent l'identité, la mémoire, les moyens de subsistance et les liens entre les communautés qui y vivent.
Et elles nous rappellent également à quel point la vie humaine est étroitement liée aux systèmes naturels qui l'entourent.
L'une de mes propres réflexions, alors que je me préparais pour cette journée, est que le changement climatique dans les régions montagneuses ne peut être compris uniquement à travers des chiffres, des cartes ou des projections – aussi importants soient-ils. Il s'appréhende également à travers l'expérience quotidienne des communautés qui y vivent : à travers les changements liés à l'eau, à l'alimentation, à la mobilité, à la santé et à la confiance avec laquelle les populations peuvent envisager l'avenir.
Partout en Asie centrale, les communautés de montagne font depuis longtemps preuve de résilience face aux chocs environnementaux et à l'incertitude. Pourtant, la hausse des températures, le recul des glaciers, l'évolution des précipitations et de l'enneigement, le stress hydrique, l'insécurité alimentaire et la multiplication des phénomènes extrêmes mettent cette résilience de plus en plus à rude épreuve.
Il ne s'agit pas seulement de défis scientifiques ou environnementaux. Ce sont des défis humains. Ils soulèvent des questions fondamentales sur la sécurité, les perspectives d'avenir let l'avenir même des communautés de montagne.
Une famille peut-elle compter sur l'eau dont elle a besoin ?
Un enfant peut-il se rendre à l'école ou dans un dispensaire en toute sécurité ?
Les agriculteurs peuvent-ils planifier leur saison ?
Les communautés peuvent-elles rester enracinées dans les lieux qu'elles considèrent comme leur foyer ?
Ces questions confèrent à cette conférence toute son importance.
Le thème des montagnes, du climat et de la santé me semble particulièrement fort, car il nous invite à ne pas dissocier des enjeux que les populations vivent simultanément. La modification d'un glacier entraîne également la modification d'un système hydrologique. Un changement lié à l'eau peut se répercuter sur la nutrition, l'assainissement, les moyens de subsistance ou la santé publique. Une pression sur les infrastructures se traduit souvent par une pression sur les familles.
Ces liens sont complexes, et nombre d'entre vous les comprennent de manière bien plus détaillée et concrète que moi. Ce que je voudrais simplement souligner, c'est que notre réponse doit elle aussi être globale. La science revêt une importance cruciale. Il en va de même pour les politiques et les investissements. Mais il en va de même pour l'écoute – celle des communautés, des jeunes, des savoirs locaux et de ceux qui sont au plus près des changements que nous tentons de comprendre.
Cet esprit est très proche de la mission de l'Université d'Asie centrale. L'UCA a été créée pour servir les sociétés de montagne de cette région – non pas à distance, mais de l'intérieur. Ses recherches et ses programmes d'enseignement reflètent la conviction que le savoir tire sa plus grande valeur lorsqu'il est ancré localement, partagé au-delà des frontières et mis au service du bien-être de l'humanité.
Il y a un quart de siècle, mon père, feu Son Altesse le prince Karim Aga Khan IV, s'exprimait avec passion sur son engagement envers les communautés de montagne. Il déclarait :
« Si les montagnes agissent souvent comme de redoutables barrières à l'intérieur des pays et entre eux, elles représentent également un lien continu par-delà les frontières nationales. »
Je trouve cette idée très émouvante. Et elle me semble encore plus pertinente aujourd'hui qu'à l'époque.
S'il est une leçon qui semble évidente, c'est que ces défis ne peuvent être relevés par une seule institution, ni par un seul pays, agissant isolément. Les systèmes de santé, les écosystèmes et les moyens de subsistance – tout comme les rivières et les glaciers – ne s'arrêtent pas aux frontières nationales. Dans les régions montagneuses, la coopération est une nécessité pratique.
Je me réjouis que cette conférence contribue à tracer la voie vers le Sommet mondial de la montagne Bichkek+25 qui se tiendra en 2027. Elle reflète le rôle continu que joue la République kirghize pour maintenir les sociétés de montagne à l'ordre du jour mondial. Mais de manière tout aussi importante, elle crée un espace d'échanges concrets – pour transformer les données factuelles en actions, et les préoccupations en préparation.
Alors que nous entamons ces travaux, j'espère que nous pourrons garder deux idées à l'esprit.
La première est que les communautés de montagne sont confrontées à des pressions réelles et urgentes. Ces pressions méritent une attention sincère, des investissements durables et un engagement politique sérieux fondé sur des recherches probantes.
La seconde est que les communautés de montagne ne se définissent pas uniquement par leur vulnérabilité. Ce sont des foyers de résilience, de savoir, d'adaptation, d'esprit d'entreprise et de respect de la nature. De plus en plus, ce sont aussi des lieux d'opportunités. Depuis des générations, les populations de ces régions vivent avec l'incertitude et avec le changement. Leur expérience n'est pas seulement un patrimoine à préserver. C'est une spurce d'enseignement pour le monde entier.
Le travail qui nous attend exigera des connaissance scientifiques et des mesures politiques, mais aussi de la patience et de l'humilité. Il exigera des institutions plus fortes, des données de meilleure qualité, une coopération plus étroite et des investissements en faveur des jeunes.
Surtout, cela nous obligera à garder à l'esprit que la résilience climatique n'est pas un objectif abstrait. Il s'agit de familles, de communautés et du droit de vivre en sécurité, en bonne santé et avec de l'espoir d'un avenir meilleur.
Au cours de ces deux jours, cette conférence, organisée par l'Université d'Asie centrale et ses partenaires académiques et de développement, permettra d'approfondir la compréhension et d'identifier des mesures concrètes visant à améliorer la qualité de vie des communautés de montagne d'Asie centrale et d'ailleurs.
Au nom du Réseau Aga Khan de développement (AKDN), je tiens à remercier tous ceux et celles qui ont rendu cette rencontre possible.
Je vous souhaite des débats riches et fructueux.
Merci.