Éducation, résilience et avenir : pourquoi les communautés privilégient l'apprentissage
Indisponible · 17 juin 2026 · 5 min
AKDN / Ali Shaheen
Pour le Dr Matt Reed, directeur mondial des partenariats institutionnels pour la Fondation Aga Khan (AKF) et directeur général de l'AKF Royaume-Uni, l'éducation n'est jamais simplement un programme à mettre en œuvre. C'est un acte d'espoir partagé, construit à partir de la base et qui place les communautés au coeur du processus.
Nous nous sommes entretenus avec lui pour comprendre pourquoi les communautés accordent systématiquement la priorité à l'éducation, même en temps de crise, ce que signifie réellement la participation pour les systèmes scolaires, et comment écouter les personnes directement confrontées aux défis permet de trouver les réponses.
L'AKF oeuvre dans le domaine de l'éducation depuis plus d'un siècle. En quoi le fait de travailler en étroite collaboration avec les communautés contribue-t-il à mettre en place des systèmes scolaires plus solides et plus résilients ?
Que ce soit en Afghanistan, au Pakistan, au Tadjikistan ou au Kenya, l'une des dimensions clés du travail de l'AKF est son engagement profond et à long terme envers les communautés où nous sommes présents, une condition essentielle pour bâtir des systèmes scolaires résilients. Si l'on considère l'engagement en faveur de l'éducation des filles dont ont fait preuve la Fondation et le Réseau de développement au sens large depuis 1905, date à laquelle les premières Écoles Aga Khan ont été créées en Inde et à Zanzibar, suivies par la création de nombreuses autres écoles au Pakistan, au Kenya, en Tanzanie et ailleurs, ce qui a toujours été absolument essentiel, c'est ce lien avec les communautés et leurs besoins.
Notre approche consiste à mettre en place des organisations communautaires représentatives, regroupant des personnes de toutes confessions et de tous horizons, hommes et femmes, qui se réunissent tantôt séparément, tantôt ensemble, selon les contextes culturels. Ces personnes échangent sur leurs besoins et sur ce qu'elles aimeraient voir s'améliorer dans leur quotidien, puis classent ces priorités. Invariablement, l'éducation arrive parmi les premières places de la liste, car chacun comprend intuitivement qu'elle constitue un moteur de développement.
Vous avez fait remarquer que dans bon nombre de régions où nous intervenons, les communautés accordent la priorité à l'éducation. Pourquoi les communautés considèrent-elles l'éducation comme si importante, non seulement pour les perspectives d'avenir, mais aussi pour la stabilité et le bien-être ?
L'éducation est le moyen qui nous permet de nous améliorer et d'améliorer nos perspectives d'avenir. Ce n'est pas un hasard si cinq ou six agences du Réseau Aga Khan de développement (AKDN) se consacrent à l'éducation d'une manière ou d'une autre. Nous disposons de deux universités. Nous avons un réseau d'écoles. La Fondation Aga Khan œuvre dans le domaine de l'éducation et des systèmes scolaires. Le Fonds Aga Khan pour la culture forme des personnes à l'artisanat, au développement des compétences, à la musique et aux arts.
Feu Son Altesse l'Aga Khan considérait l'éducation comme la pierre angulaire du développement. Cette conviction était personnelle, mais elle lui venait également des communautés auprès desquelles nous intervenons.
Cette relation avec les communautés est au cœur de notre travail. Elle nous permet de garder les pieds sur terre et de rester pertinents car nous sommes constamment en dialogue – nous écoutons les besoins des gens et nous nous adaptons en conséquence. Si l'on examine l'initiative Schools2030 et d'autres programmes, on constate qu'ils reflètent la même leçon. L'apprentissage centré sur l'élève et la réforme scolaire menée par les enseignants commencent tous deux par aller à la rencontre de ceux qui sont au plus près des défis et par leur demander : À quoi êtes-vous confrontés ? Quelles solutions trouvez-vous ? Où avez-vous besoin d'aide ? C'est en écoutant que l'on trouve des réponses.
Dans les environnements instables – en Afghanistan, en Syrie, au Tadjikistan, dans le nord du Mozambique – lorsque nous menons des évaluations communautaires rapides et que nous demandons aux gens ce dont ils ont besoin en temps de crise, l'éducation figure systématiquement parmi les priorités. Les gens comprennent instinctivement que l'éducation est fondamentale pour leur avenir. Sans elle, il n'y a aucune perspective d'avenir.
Dans les régions en proie aux crises ou à l'instabilité, quel rôle joue l'éducation dans le renforcement de la résilience et de l'espoir au sein des communautés ?
Dans les contextes humanitaires, on sous-estime souvent le pouvoir de l'éducation en tant que vecteur d'espoir. Sans éducation, comment peut-il y avoir de l'espoir ? Les interventions humanitaires accordent, à juste titre, la priorité à l'alimentation, aux soins de santé et à la survie immédiate. Ces éléments sont essentiels. Cependant, l'éducation n'a pas toujours occupé la place qu'elle mérite, malgré ce que les les communautés elles-mêmes expriment comme leurs priorités : de la nourriture, des moyens de subsistance et un accès à l'éducation pour leurs enfants.
L'éducation ne se contente pas de former les individus ; elle les rassemble. Elle les fédère autour d'un projet tourné vers l'avenir. Elle élargit les horizons, au sens propre comme au figuré. L'éducation étant une aspiration commune, elle a de puissants effets positifs sur la cohésion sociale, le bien-être émotionnel et la résilience. Sans perspective d'avenir, il n'y a guère d'espoir ni de cohésion. Lorsque les communautés se mobilisent autour de l'éducation – parents, aînés, enseignants –, cela renforce les liens par-delà les différences.
Pourquoi la participation est-elle un facteur si déterminant dans l'amélioration des systèmes éducatifs à grande échelle ?
Nous avons constaté que la participation en soi, permet d'améliorer les résultats. Lorsque les parents et les communautés s'impliquent dans la vie scolaire, les établissements obtiennent de meilleurs résultats. En République kirghize, peu après le début de la pandémie, j'ai visité une école du programme Schools2030. Les enseignants, les responsables d'établissement et les parents s'étaient réunis afin d'identifier les défis et d'élaborer des solutions. Les parents ont fait part de leurs inquiétudes quant aux difficultés d'apprentissage. Les enseignants y ont répondu collectivement. Les discussions ont parfois été difficiles, mais toujours animées de bonnes intentions.
Fait remarquable, avant même d'évaluer des interventions spécifiques, les résultats d'apprentissage se sont améliorés du simple fait de l'engagement des personnes concernées. Elles ont assumé leurs responsabilités et ont responsabilisé leurs écoles. Cet engagement a créé une véritable dynamique.
C'est pourquoi notre action en matière d'éducation se concentre sur les enseignants, les communautés et les systèmes locaux. Les données montrent que lorsque les acteurs s'engagent ensemble dans la résolution de problèmes liés à l'éducation, les résultats scolaires s'améliorent. Si l'on prend du recul pour analyser ce qui fait le succès des interventions éducatives, un facteur commun ressort : des groupes de personnes dévouées qui travaillent de concert pour améliorer leurs écoles.
La participation est l'élément clé. Elle repose sur l'implication, le respect et la dignité. L'initiative Schools2030 incarne cette approche par le biais de boucles de rétroaction et d'une conception centrée sur l'humain. Elle est, par essence, axée sur les problèmes et orientée vers les solutions. Les communautés identifient les défis, conçoivent des solutions, les mettent en œuvre et mesurent les résultats. Et cette évaluation est primordiale – car pour qu'un changement au sein d'une classe s'étende à l'ensemble d'un système, il faut en démontrer l'impact obtenu.
Transformer les systèmes scolaires est une tâche ardue, même dans les contextes les plus favorables. Cela nécessite de fédérer de multiples acteurs – enseignants, élèves, parents, administrateurs – autour d'une culture commune du questionnement et de l'apprentissage. Quiconque a déjà travaillé au sein d'une organisation sait à quel point cette cohésion peut être difficile à obtenir. Imaginez maintenant devoir l'instaurer à l'échelle de milliers d'écoles réparties sur de vastes zones géographiques. Le défi est de taille, mais il est réalisable. L'initiative Schools2030 contribue à identifier des méthodes efficaces pour forger cet état d'esprit et cette culture.
Même dans des circonstances très difficiles, vous insistez sur le fait que le changement est possible. Qu'avez-vous observé au sein des communautés et dans les écoles qui vous donne de l'espoir pour l'avenir ?
Ce qui me donne de l'espoir, c'est le travail en lui-même. Nous continuons à oeuvrer car nous croyons que le progrès est possible. Même au cœur des crises les plus profondes, nous sommes en mesure de travailler aux côtés des populations, dans les villages, les communautés et les camps, pour améliorer leurs conditions de vie. S'ils n'ont pas perdu espoir, comment le pourrions-nous ?
Ils endurent des épreuves incroyables et continuent pourtant de nous demander de les accompagner. C'est profondément motivant. Ce travail est source d'espoir car, à travers lui, nous bâtissons le monde que nous voulons voir, même face à l'adversité. Si l'on cesse de travailler, on perd espoir. Et si l'on perd espoir, on arrête de travailler. Les deux vont de pair.
C'est pourquoi nous continuons à travailler. Car c'est ainsi que se crée l'avenir.
Cet article a été initialement publié sur le site Internet de Schools2030.