Les fondements d'une coopération durable
Canada · 23 mars 2026 · 7 min
AKDN / Soimadou Ibrahim
Alors que la coopération internationale est en chute libre, la question des partenariats durables – et les raisons de leur réussite – n'a jamais semblé aussi urgente. Pour le Canada, une réponse indique clairement la voie à suivre: la « géométrie variable » défendue par le Premier ministre Mark Carney à Davos plus tôt dans année – différentes coalitions pour différents défis, fondées sur des valeurs et des intérêts communs – est essentielle pour naviguer dans le monde fragmenté d'aujourd'hui.
C'est une approche qui, depuis cinq décennies, a trouvé une expression pragmatique dans la coopération constante et durable du Canada avec l'Imamat ismaïli, le Réseau Aga Khan de développement (AKDN) et la Fondation Aga Khan Canada (AKFC).
Projets de développement financés par le gouvernement du Canada et la Fondation Aga Khan Canada
L'une de ses premières concrétisations de cette collaboration fut l'octroi, en 1981, d'une subvention de démarrage à l'École d'infirmières et de sages-femmes de l'Université Aga Khan (AKU) – une collaboration impliquant le Canada, le Réseau Aga Khan de développement (AKDN) et l'Université McMaster. Cet investissement a permis à ce nouvel établissement de se doter des ressources et de la notoriété nécessaires pour transformer l'enseignement des soins infirmiers au Pakistan, de rehausser ainsi le statut professionnel des infirmières, d'amplifi la voix des femmes dans l'élaboration des politiques de santé au niveau local, national et mondial, et, à terme d'étendre l'accès à des soins qualifiés au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda, en Afghanistan, en Syrie et en Égypte.
Depuis lors, l'AKDN et le Canada ont collaboré à la mise en œuvre de plus de 200 initiatives dans ces pays et leurs régions élargies.
Fait marquant, le gouvernement du Canada et l'AKFC, aux côtés du gouvernement français, ont contribué à la construction d'un nouvel établissement à l'Hôpital de Bamyan en Afghanistan en 2017 – apportant ainsi des soins de santé de renommée internationale dans le pays. Construit par l'Agence Aga Khan pour l'habitat, spécialisée dans la construction écologique et antisismique, cet établissement est alimenté pà plus de 50% par des panneaux solaires.
Cette relation s'est également concrétisée sur le sol canadien – à travers le Musée et le Parc Aga Khan à Toronto, ainsi que le Jardin Aga Khan à l'Université de l'Alberta. Feu Son Altesse le prince Karim Aga Khan IV et le gouvernement du Canada, alors dirigé par le Premier ministre Stephen Harper, ont également fondé conjointement le Centre mondial du pluralisme à Ottawa en 2006, créé avec la conviction que les sociétés qui embrassent délibérément la diversité sont plus pacifiques, prospères et justes.
En 2014, l'AKDN et le gouvernement du Canada ont officialisé leur relation, prolongeant ainsi plus de trois décennies de collaboration, par la signature d'un Protocole d'entente ; ils ont également annonçé égaun partenariat de 100 millions de dollars canadiens visant à lutter contre les inégalités et accroître les perspectives d'avenir à travers l'Afrique et l'Asie.
Avant cette annonce, le Premier ministre Harper s'était adressé au Parlement canadien, en déclarant que « les Canadiens sont plus forts lorsqu'ils bénéficient du soutien de ceux qui partagent leurs valeurs ».
Depuis cette officialisation, et à la suite d'un engagement renouvelé en 2020, le partenariat a étendu son action à 15 pays et cinq domaines prioritaires – la santé, l'éducation, l'égalité des genres et l'autonomisation des femmes, le leadership communautaire et l'innovation – et grâce à un investissement conjoint supplémentaire de 125 millions de dollars canadiens, il a touché plus de cinq millions de personnes, dont plus de la moitié sont des femmes et des jeunes filles. A ce jour, le total des co-investissements réalisés par le partenariat s'élève à plus d'un milliard de dollars canadiens.
L'un des aspects les plus caractéristiques de la relation entre le Canada et le Réseau Aga Khan de développement (AKDN) est la manière dont les citoyens canadiens s'engagent en tant que partenaires actifs. La Marche des partenaires mondiaux — lancée en 1985 et devenue aujourd'hui le plus grand mouvement populaire au Canada visant à s'attaquer aux causes profondes de la pauvreté et des inégalités — en est l'expression la plus manifeste.
Chaque année, la Marche rassemble des milliers de Canadiens dans des communautés à travers tout le pays, donnant aux participants les moyens non seulement de récolter des fonds, mais aussi d'agir en tant que citoyens du monde mieux informés. Depuis la création de la Marche, les Canadiens ont versé plus de 150 millions de dollars canadiens aux programmes de l'AKDN, qui soutiennent des communautés partout dans le monde par le biais d'initiatives de qualité et adaptées aux contextes locaux.
L'une de ces initiatives est le Programme Madrasa pour la petite enfance (MECP), créé en collaboration avec les gouvernements et les communautés locales d'Afrique de l'Est alors que la Marche prenait de l'ampleur au Canada. Au cours des premières années du MECP, la Fondation Aga Khan (AKF) était son unique source de financement, mais dès 1992, le soutien des organismes donateurs s'est accru, les Affaires mondiales Canada, alors connu sous le nom d'Agence canadienne de développement international (ACDI), figurant parmi les premiers à soutenir cette initiative.
Depuis lors, le Canada et les Canadiens ont soutenu ces efforts locaux visant à développer, perfectionner, étendre et pérenniser les activités menées dans plus de 200 centres de développement de la petite enfance au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, permettant ainsi de former plus de 8 000 enseignants et d'atteindre plus d'un million de jeunes enfants.
Au-delà de la Marche, le Programme de stages internationaux pour les jeunes de la Fondation Aga Khan Canada (AKFC) — créé avec le gouvernement du Canada en 1989 — offre à de jeunes Canadiens une expérience directe dans le domaine du développement international. Depuis sa création, près de 600 stagiaires ont suivi une formation intensive et effectué des missions à l'étranger en Afrique et en Asie, travaillant aux côtés d'institutions locales sur des initiatives menées par les communautés.
Cet investissement dans la prochaine génération est au cœur d'une grande partie du travail de l'AKDN et constitue une priorité pour Son Altesse le prince Rahim Aga Khan. Lors de l'inauguration de l'Académie Aga Khan de Maputo, au Mozambique, en 2022, Son Altesse a souligné l'impact que les jeunes peuvent avoir sur leurs communautés :
« Tout au long de vos études et de votre jeunesse, les adultes vous diront que l'avenir est devant vous. Je tiens à vous dire que l'avenir est ce que vous laissez derrière vous, façonné par chacune de vos actions, de vos paroles et de vos décisions. L'avenir vous emboîte le pas sur le chemin que vous choisissez. »
Jenna Mulji, une stagiaire de la promotion 2023-2024 qui a travaillé à l'Hôpital Aga Khan de Kisumu, au Kenya, et qui a depuis intégré la faculté de médecine de l'Université de l'Alberta, n'est qu'un exemple parmi d'autres de jeunes dont le parcours reflète cette idée.
« Bien que j'aie réalisé cette expérience au Kenya pour en apprendre davantage sur les systèmes de santé dans une autre région du monde », confie Jenna Mulji, « j'ai été impressionnée par l'attachement profond des gens à leur terre et j'ai mesuré l'importance des changements opérés à l'échelle locale par ceux qui ont grandi au cœur même des communautés qu'ils servent. »
L'expérience de Jenna Mulji met en lumière la portée de ce partenariat. La "géométrie variable" que le Premier ministre Carney décrit comme l'outil de navigation du Canada dans un monde incertain opère à tous les niveaux ; elle concerne autant les gouvernements qui nouent des partenariats diversifiés au-delà des coalitions diplomatiques que les citoyens qui tissent des liens avec leurs communautés et le monde en général.
C'est ce qu'ont démontré plus de 50 ans de coopération entre le Canada et le Réseau Aga Khan de développement (AKDN) : les partenariats les plus résilients sont ceux où les valeurs et les pratiques restent alignées, depuis les sphères de décisions jusqu'aux communautés qu'ils ont pour vocation de servir.
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