par Mr Michael Kocher, Genève, Suisse · 23 novembre 2020 · 4 min
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
C’est un honneur de prendre la parole aujourd’hui en ma qualité de directeur général de la Fondation Aga Khan et au nom du Réseau Aga Khan de développement, ou AKDN, deux entités qui, depuis les 25 dernières années, investissent en faveur du peuple et de l’avenir de l’Afghanistan. Nous restons déterminés à poursuivre notre partenariat avec le gouvernement afghan et à travailler sur les enjeux prioritaires qu’il aborde avec attention et résilience.
Notre organisation, qui a fait partie des premiers investisseurs dans le pays, gère des institutions à but lucratif et non lucratif et collabore avec de nombreux partenaires à cet égard, mais toujours avec un unique objectif : le développement de l’Afghanistan. L’unification des partenariats régionaux avec les voisins de l’Afghanistan pourrait non seulement garantir une amélioration des liens physiques entre les pays concernés, mais également le renforcement des liens sociaux, garants du progrès économique, de la paix et de la stabilité.
C’est la raison pour laquelle nous avons créé Roshan Telecommunications, restauré et lancé l’Hôtel Serena, fondé la Première Banque de Microfinance, Afghanistan (FMFB-A) ou encore établi notre dernier partenariat public-privé, Badakshon Energy (l’équivalent de Pamir Energy au Tadjikistan), autant d’exemples qui mettent en lumière des projets économiques majeurs reposant sur des partenariats novateurs. C’est pour cette même raison que l’AKDN a élaboré et créé de nombreux programmes et institutions actifs dans le domaine de l’éducation, de la santé, du renforcement des moyens de subsistance, de la société civile et de la culture.
Je souhaite m’exprimer aujourd’hui sur quatre points au sujet des partenariats, du développement économique et de l’efficacité de l’aide déployée dans le pays.
Premièrement, l’expérience nous a montré que l’aide déployée en Afghanistan peut et doit tenir compte des contraintes physiques telles que les routes et les ponts, les infrastructures de télécommunications et d’approvisionnement en énergie et bien d’autres, que ce soit pour les villes ou pour les régions reculées et mal desservies. En effet, le renforcement d’un tel réseau interne revêt autant d’importance que le développement des relations avec les marchés externes. Dans ce travail, nous ne devons évidemment pas négliger les régions rurales de l’Afghanistan, qui sont cruciales à la stabilité et à la croissance du pays. Dans le contexte actuel, l’approche du partenariat n’est que trop rarement appliquée, bien qu’elle soit pourtant relativement simple. Je parle ici d’un partenariat avec les communautés, d’un engagement auprès des personnes qui expriment leurs besoins, qu’il s’agisse de la construction d’un pont, d’une petite centrale hydroélectrique, d’une route ou d’un canal d’irrigation, au niveau des villages, des districts, des provinces et même des zones transfrontalières.
Deuxièmement, nous savons que le progrès ne peut avoir lieu sans la mise en place de vastes programmes multisectoriels. Par exemple, les programmes agroalimentaires de l’AKDN, qui travaillent souvent auprès de petits exploitants agricoles, agissent comme des catalyseurs pour le développement économique, à l’instar de l’initiative régionale Accelerate Prosperity, qui soutient les micro, petites et moyennes entreprises, et que nous prévoyons d’importer ici en Afghanistan.
Il existe en outre des projets que nous pourrions qualifier de « sociaux » ou « culturels », mais qui n’en demeurent pas moins essentiels au progrès économique. Je pense par exemple à l’Institut médical français pour la Mère et l’Enfant (IMFE), établissement au travers duquel nous collaborons avec le Ministère de la santé afghan et le gouvernement français ; aux initiatives que nous lançons auprès de nombreux groupes communautaires et organes publics locaux par l’intermédiaire de la Charte du citoyen afghan pour soutenir la société civile ; à la création des jardins de Bagh-e-Babur et de Chihilsitoon ; ou encore au programme de restauration de berges à Kaboul, sur lequel nous travaillons en partenariat avec des artisans, des urbanistes et des entreprises de la région pour améliorer la qualité de vie et l’économie locale.
La troisième composante essentielle est la cohérence institutionnelle. Lorsqu’ils s’intéressent à un pays, les investisseurs prennent leurs décisions en se basant sur les facteurs de prévisibilité et de fiabilité, mais aussi sur les lois et les réglementations nationales. L’Afghanistan et ses partenaires internationaux doivent ainsi continuer de créer des cadres clairs et cohérents reposant sur les principes d’État de droit et de transparence. Ce point s’applique également aux organes de gouvernance et de gestion des nombreuses ressources naturelles du pays. Protéger son extraordinaire environnement naturel et lutter contre le changement climatique sont sans l’ombre d’un doute deux actions primordiales au processus d’un développement économique durable et inclusif. Je rappelle que dans ce travail, les groupes communautaires, donc la société civile, doivent être partie prenante du début à la fin.
La quatrième et dernière composante essentielle est bien entendu le peuple afghan lui-même, la plus grande ressource de ce pays. D’importants progrès ont été réalisés dans le domaine de l’éducation au cours des 20 dernières années, notamment pour les femmes et les jeunes filles, et nous ne devons pas relâcher nos efforts. Toutefois, le pays a besoin de plus de professionnels qualifiés à travers de nombreux secteurs : enseignants, administrateurs, ingénieurs, comptables, infirmiers, médecins, entrepreneurs ou encore gestionnaires.
C’est la raison pour laquelle nous investissons dans le développement des compétences, la formation pratique et professionnelle et l’éducation. Il est notamment essentiel de renforcer les investissements à tous les niveaux du domaine de l’éducation - et dans les technologies de l’éducation - du développement de la petite enfance au troisième cycle universitaire. Pour ne citer qu’un exemple, pendant la pandémie, la Fondation Aga Khan a signé un partenariat avec le Ministère de l’éducation afghan et plusieurs stations de radio et chaînes télévisées nationales afin de soutenir l’éducation publique dans les régions les plus reculées du pays. Nous travaillons également aux côtés de plusieurs fondations privées dans ce même domaine.
Sur tous ces points, il nous faut déployer des mécanismes d’aide réfléchis et axés sur les communautés et leurs besoins si l’on souhaite permettre au secteur privé national de se développer. Compte tenu de l’importance des partenariats public-privé, les partenaires bilatéraux et multilatéraux doivent également garder à l’esprit que les programmes de subvention et les solutions de financement mixtes constituent des portes d’entrée pour les investisseurs dans le pays.
Pour conclure, ces quatre composantes essentielles que sont l’investissement dans la connectivité et les infrastructures, le développement multisectoriel, la cohérence institutionnelle et le renforcement du capital humain permettront de stimuler la croissance et d’aider le pays à appréhender l’avenir sereinement, et ce d’autant plus si l’on considère toute une série de partenariats stratégiques et potentiellement développables au niveau national et régional.
À travers toutes ces thématiques, il est essentiel d’inclure pleinement les femmes, à l’échelle individuelle et par l’intermédiaire d’associations privées, de coopératives et de collectifs.
De la même façon, permettre à une société civile dynamique de prospérer et valoriser le remarquable pluralisme de l’Afghanistan sont deux facteurs déterminants pour son développement économique, l’efficacité de l’aide qui y est déployée et son autonomisation. Pour pouvoir exploiter son extraordinaire potentiel, l’Afghanistan doit adopter une approche inclusive de la société civile.
Une fois encore, l’AKDN souhaite exprimer ses plus sincères remerciements au gouvernement afghan et saluer sa vision claire, ses ambitions audacieuses légitimes, sa détermination et sa collaboration indéfectible.
Merci.